24 Heures du Mans 2020 – la course reprogrammée en septembre

l’image des multiples reports annoncés ces derniers jours dans le monde du sport, les 24 Heures du Mans ont elles aussi opéré une bascule vers l’automne. L’Automobile Club de l’Ouest, en accord avec la FIA, a décidé de les organiser le week-end du 19-20 septembre au lieu du 13-14 juin. Un changement de dates inéluctable mais pas sans conséquence.

Ça sent déjà les embouteillages en septembre sur le circuit du Mans. Quelques jours après l’annonce du report des 24 Heures moto aux 29-30 août, les deux roues devront vite faire place aux quatre roues. En effet, une semaine plus tard se tiendra la journée test de la course auto et enfin le 19-20 septembre se tiendra la course, évènement phare de la saison d’endurance. Un choix dicté par l’épidémie de Covid-19 qui a sacrifié sans exception l’ensemble des évènements sportifs du printemps.

Au lendemain du report de Roland-Garros (20 septembre – 4 octobre), il est devenu urgent de se positionner dans ce calendrier de repli où l’exposition médiatique et le succès populaire dépendront beaucoup des autres compétitions au programme au même moment. Les organisateurs des 24 Heures n’avaient pas beaucoup d’autres choix que de choisir septembre avec sa météo plutôt clémente et ses jours encore suffisamment longs. « Je veux juste que les 24h aient lieu, souffle Romain Dumas, double vainqueur des 24 H. Peu importe la date ! 19 septembre, 15 octobre, 30 novembre, il faut que la course se dispute. Il faut surtout que les teams s’en sortent. »

Même son de cloche chez les teams et constructeurs. Le Mans reste le Graal de la saison et beaucoup de bugdets sont bâtis autour de cette seule course. « C’est une bonne nouvelle, une très bonne nouvelle, explique Philippe Sinault, le team manager Alpine Signatech, triple vainqueur en LMP2. OK, la date historique, culturelle, traditionnelle des 24h, c’est en juin, la 24è semaine de l’année, mais il fallait réagir. Attendre encore mettait en péril le modèle sportif et économique de nos entreprises. A moment exceptionnel, mesure exceptionnelle. » 

Une longue longue nuit comme en 1968

Le Mans, un long long jour comme les Japonais aiment appeler cette course se transformera pourtant en longue longue nuit. La mi-juin, date traditionnelle des 24 heures, n’avait pas été choisie par hasard par Georges Durand quand il lança son « concours d’endurance » en 1923. Sur des routes de campagne, bitumées mais assombries par les pins qui foisonnent dans ce coin de la Sarthe, la nuit était un piège de plus pour les concurrents et les marques engagées. A l’approche du solstice d’été, les nuits sont fort heureusement le plus courtes de l’année. Le 13 juin 2020, il était prévu 16h00 de jour. Le 19 septembre il n’y en aura plus que 12h20 avec un soleil se couchant à 20h02… Presque un tour d’horloge de nuit, ça risque de faire long au volant même si de nombreux virages du circuit sont désormais éclairés. « Question course, en septembre, les conditions météo ne sont pas les mêmes, retient Paul-Loup Chatin, champion ELMS 2019. La nuit est plus longue, plus fraîche. Ca change pas mal de choses ! » 

Les 24 Heures en septembre, ce ne sera pas une première. En 1968 déjà, la course avait trouvé refuge à l’automne (28-29 septembre) à cause des évènements de mai et le départ avait été avancé à 15h00, ce qui devrait également être le cas cette année. La pluie avait baigné l’épreuve et révélé au grand public Henri Pescarolo. Confronté à des problèmes d’essuie-glace avec sa Matra, l’homme au casque vert a défié les éléments, de nuit, à plus de 300 km/h. Dans un état second, risquant sa vie à chaque tour, « Pesca » venait d’écrire sa propre légende.